Main menu
Un poisson dans le netL'essentiel de l'Évangile – 4 – La résurrection du Christ

L'essentiel de l'Évangile – 4 – La résurrection du Christ


Objectif du thème

Découvrir l’importance de la résurrection du Christ.

Textes bibliques à lire

  • Lecture principale : Luc 24
  • Lecture supplémentaire : Jean 3

Remarques :

  • L’apôtre Jean a écrit le dernier Évangile, peut-être bien après les trois premiers.

À discuter…

  • La résurrection est-elle un fait historique ?
  • Le christianisme est-il fondé sur un fait ou une fable ?
  • En quoi la résurrection du Christ peut-elle nous concerner ?
  • Que veut dire Jésus lorsqu’il dit à Nicodème qu’il lui faut « naître de nouveau » (Jean 3.3) ?

Lecture complémentaire : Le Watergate et la résurrection

Samedi 17 juin 1972. Une de ces journées chaudes, humides, étouffantes de l’été à Washington. Conseiller spécial du président des États-Unis, j’étais sur la brèche jour et nuit, ce qui me laissait peu de temps pour moi-même ou pour ma famille. Mais ce samedi-là, pour une fois, nous avions pu le passer tranquillement ensemble à la maison, dans le faubourg de McLean. Le président venait de rentrer de ce qui était le triomphe de son mandat, la rencontre au sommet à Moscou, et se reposait dans sa retraite de Floride.

Ma femme Patty et les enfants se prélassaient autour de la piscine, et je préparais le gril pour un repas en plein air, lorsque mon téléphone en liaison directe avec la Maison-Blanche sonna. C’était John Ehrlichman, l’un des principaux collaborateurs du président. Sans explication, il me posa avec brusquerie une question qui me parut absurde:

– Où est votre ami Howard Hunt?

Hunt était un obscur ex-agent de la CIA que je connaissais plus ou moins et que j’avais recommandé pour un travail assez secondaire à la Maison-Blanche, collaborer à la recherche des fuites concernant les documents gouvernementaux. Mais il y avait des mois que je ne l’avais pas revu et n’avais plus de nouvelles de lui. Je demandai donc à Ehrlichman en quoi la question de savoir où se trouvait Hunt pouvait être si importante qu’on me dérangeait un samedi après-midi.

J’appris alors qu’un groupe d’anciens maquisards cubains avait été arrêté lors d’une effraction au siège du Comité national du Parti démocrate. On avait trouvé parmi leurs effets un papier portant le nom de Hunt. Je me rappelle encore les pensées terrifiantes qui me vinrent à l’esprit quand je raccrochai l’écouteur:  » Hunt n’est pas un amateur… Il ne se laisserait pas embrigader dans un vulgaire cambriolage. Mais si oui… je le connais… je risque d’être impliqué à mon tour…  » Puis je haussai les épaules en chassant ces appréhensions pourtant justifiées et je retournai à la piscine prendre le soleil et griller nos hamburgers.

Ce fut ainsi que commença pour moi l’affaire du Watergate.

Les semaines suivantes, je me rassurai à l’idée que personne à la Maison-Blanche ne serait assez idiot pour imaginer pouvoir trouver le moindre butin au siège d’un parti qui n’avait plus un sou vaillant et où les candidats eux-mêmes ne mettaient plus les pieds. Ce n’était pas un jugement moral, mais une simple considération de bon sens politique. Même quand il se confirma que les cambrioleurs étaient liés à Howard Hunt ainsi qu’à un autre ancien de la CIA, G. Gordon Liddy, je continuai à me bercer d’illusions : les deux hommes avaient bien été experts-conseils à temps partiel à la Maison-Blanche, mais il y avait des mois qu’ils ne figuraient plus sur la liste des collaborateurs.

Bien qu’il s’agisse d’un cambriolage aux termes de la loi, l’effraction ne relevait que de l’espionnage entre campagnes électorales rivales, me disais-je – un peu comme écouter les instructions de jeu de l’équipe adverse. Ce n’était certainement pas beaucoup plus grave que ce que j’avais déjà fait ou que d’autres m’avaient fait au cours de mes vingt ans de campagnes politiques. (Ce fut seulement deux ans plus tard, quand les fameux enregistrements secrets furent rendus publics, que le monde apprit, en même temps que certains d’entre nous, que dans les jours suivant l’effraction le président avait trempé dans une tentative d’entraver l’enquête du FBI.)

Quand on connaît la suite, cela peut sembler bien naïf, mais sur le moment j’étais persuadé que le seul enjeu était de survivre aux escarmouches politiques jusqu’aux élections de novembre. Toute l’affaire se trouverait alors proprement balayée par le raz de marée électoral et nous pourrions revenir aux choses sérieuses, gouverner le pays. C’était du moins ce que je pensais.

Dans l’euphorie consécutive aux élections, personne en effet n’accorda grande attention au Watergate. Je me souviens seulement de discussions occasionnelles à ce sujet avec le président, tourmenté avant tout par les pénibles négociations destinées à mettre fin à la guerre du Vietnam. Henry Kissinger faisait la navette entre Washington et Paris où se tenaient les pourparlers. Bob Haldeman, « chef d’état-major » de la Maison-Blanche, et John Ehrlichman étaient occupés à réorganiser l’administration pour le second mandat. John Mitchell, ancien ministre de la Justice et directeur de la campagne électorale, était retourné à son florissant cabinet d’avocats à New York. De mon côté, je déménageais mon bureau et me préparais à réintégrer moi aussi mon cabinet juridique à Washington.

Puis, en janvier 1973, le Watergate, du moins en ce qui me concerne, commença d’avoir de nouvelles conséquences. Howard Hunt, craignant la prison, m’envoya son avocat. Celui-ci me demanda de promettre la clémence envers Hunt (ce que je refusai) et m’apprit incidemment que les cambrioleurs du Watergate recevaient des fonds pour eux-mêmes et pour leurs frais de justice. C’était une magouille dangereuse, et j’en fis plus tard la remarque ˆ Haldeman.

Allons, Chuck, dit-il en riant, l’air inhabituellement doux, tandis que le soleil hivernal inondait son bureau par les grandes fenêtres auxquelles il tournait le dos. Il n’y a rien de mal à collecter des fonds pour sa défense. Angela Davis (1) l’a bien fait : pourquoi pas nous?

Je regardai fixement Bob, me demandant s’il jouait la comédie ou s’il le croyait vraiment. Apparemment, il était sincère ; et je me rends compte maintenant qu’en sa qualité d’adepte de la Science chrétienne, Haldeman, ne se serait pas permis de penser ni de voir quelque chose de mal. Ehrlichman, fervent scientiste chrétien lui aussi, semblait également vouloir ignorer ou nier les problèmes liés au Watergate.

Ils n’étaient du reste pas les seuls de leur avis. A en juger par les mémoires publiés par les autres protagonistes au cours des dix années suivantes, seul le jeune conseiller juridique présidentiel John Dean reconnut avoir eu une réelle appréhension avant janvier 1973. Il ajouta qu’il ne fit part de ses soucis à personne.

Comment fut-il possible que de si nombreux juristes – Ehrlichman, Mitchell, Krogh, Dean, Nixon, Colson, pour n’en citer que quelques-uns – aient été à ce point inconscients de ce qui allait devenir si évident ? (2) Quel aveuglement funeste !

A la suite de l’entretien avec l’avocat de Hunt, je consultai mon associé, Dave Shapiro, un habitué des procès ardus, qui, issu des rues de Brooklyn, était parvenu en bataillant dur à se faire une place au soleil. Nous avons épluché ensemble le Code. C’est alors, à la fin du mois de janvier 1973, en parcourant avec lui les colonnes en caractères serrés des lois criminelles, que je commençai pour la première fois à comprendre les conséquences pénales que cette affaire risquait d’avoir pour la Maison-Blanche.

Si bien qu’à la mi-février, la guerre du Vietnam enfin terminée, je rassemblai mon courage pour parler de ce problème au président. Lors de cette dernière conversation dans le Bureau Ovale avant que je ne retourne à mon cabinet juridique privé, je saisis un moment opportun pour donner au président Nixon ce difficile conseil: – Quel que soit l’instigateur du Watergate, il faut rompre le secret. . .finissons-en maintenant avec cette affaire. Acceptons les dégâts. (3)

Le président m’écoutait, calé dans son fauteuil, les jambes croisées et les pieds sur son bureau d’acajou massif. Mais à peine avais-je prononcé ces mots qu’il posa les pieds par terre et se redressa sur son siège :

– Qui pensez-vous que ce soit ?… Mitchell ? Magruder ? (4)

Il était outré, à bon droit pensais-je alors, que je suggère de dénoncer un collaborateur dévoué. Il était également, je le crois encore aujourd’hui, inconscient des conséquences pénales possibles, alors que le filet se resserrait déjà autour de nous.

D’après les transcriptions exhaustives établies à partir des enregistrements sur bandes magnétiques, d’après des montagnes de documents d’interminables auditions devant le Congrès et d’énormes piles de témoignages, la première discussion sérieuse à avoir lieu dans le Bureau Ovale sur la possibilité de suites pénales ne date que du matin du 21 mars; ce fut l’entrevue fatidique où John Dean avertit Nixon du  » cancer qui rongeait sa présidence « .

Plus tard dans la même journée (les dates sont importantes), Haldeman appela Mitchell à New York et celui-ci, à son tour, dit à Jeb Magruder, son adjoint dans la campagne électorale, qu’il  » l’assisterait » s’il allait en prison. Ce même jour aussi, 75 000 dollars supplémentaires furent envoyés à Hunt pour « frais de justice ». Le président s’entretint à nouveau avec Haldeman, Ehrlichman et Dean. Enfin, le soir même, sans rien me dire de ce qui s’était passé au cours de cette journée mouvementée, il me téléphona chez moi pour une conversation de trente et une minutes.

Bien qu’officiellement je ne fasse plus partie de son personnel, je n’étais pas surpris de recevoir un appel du président : il m’avait dit qu’il continuerait à me demander des conseils. Ce qui me surprit, en revanche, c’était son ton nerveux, presque affolé. J’avais passé d’innombrables heures en discussion avec lui autour d’un bureau ou au téléphone et je pouvais presque toujours deviner son humeur. Quand il avait à l’esprit de grands problèmes, comme les bombardements sur le Vietnam ou les négociations avec la Chine, il était toujours étonnamment calme. Quand il prenait connaissance de petites choses, comme des critiques dans la presse, c’était ce qui semblait le démonter le plus.

Ce 21 mars au soir, il passa rapidement sur les banalités pour attaquer d’emblée le Watergate:

– Quel est votre avis sur. . . sur ce qu’il faut faire maintenant ?. . . Est-ce que. . . est-ce qu’il faudrait faire, euh, un, euh, rapport ou quelque chose comme ça, n’est-ce pas, ou est-ce qu’on se résigne et qu’on laisse passer l’orage, ou quoi?

Les transcriptions officielles contiennent ma réponse :

– Le problème que je prévois dans cette affaire, ce n’est pas ce qui s’est passé jusqu’à présent – le mystère du Watergate. Je ne sais pas si quelqu’un de plus haut placé dans le comité pour la réélection va se faire citer ou pas mais, euh, pour moi, ça n’a pas grande importance pour le pays si ça arrive. Ce qui m’inquiète, c’est que. . . c’est la possibilité que quelqu’un, euh, porte une accusation pour un problème d’entrave à la justice – autrement dit, c’est la suite qui m’inquiéterait plus que le reste.

Je conseillai ensuite au président de muter Dean et de nommer à sa place un conseiller juridique indépendant qui prenne en main toute l’affaire du Watergate. Bien que je n’aie pas eu connaissance alors de ses entrevues avec Dean et les autres, c’était un bon conseil, comme la suite l’a montré. Mais avec ces mots à donner le frisson, « entrave à la justice », j’ai dû assener au président le coup de grâce après cette rude journée. Pas étonnant qu’ensuite il ne m’ait plus appelé pendant deux semaines ! (5)

Après le 21 mars, tout changea : tout se dégrada, et vite. Dans la semaine qui suivit, les conversations devinrent lourdes, on parla beaucoup de faux témoignage, de refus de coopérer, d’entrave à la justice, toutes choses qui font trembler les genoux et donnent des sueurs froides.

Le 23 mars, le juge Sirica rendit publique une lettre de l’un des cambrioleurs du Watergate qui avait fait un arrangement : tout raconter en échange d’un allégement de peine (6). L’après-midi, Haldeman me téléphona pour me poser une série de questions. Avais-je promis la clémence à Howard Hunt ? Avais-je demandé à l’équipe de la campagne électorale d’obtenir des renseignements sur les démocrates ? La voix de Bob était calme, comme toujours, mais à sa façon de répéter mes réponses je fus certain qu’il y avait une autre personne dans la pièce – le président. Ces questions me révélaient aussi ce qui était en train de se passer derrière l’imposant portail de fer du 1600 Pennsylvania Avenue : les occupants se préparaient à soutenir un siège dont ils comprenaient maintenant qu’il allait être acharné. De plus en plus méfiant à l’égard de mes collègues et pressentant que tout n’allait pas pour le mieux, je dictai un mémorandum de notre conversation sitôt le récepteur raccroché.

Une panique à peine dissimulée envahit les somptueux bureaux de cet édifice, qui abrite les hommes les plus puissants et les plus influents du monde. Les événements se précipitaient à tel point qu’il n’était plus possible de les suivre. Quand des allégations selon lesquelles l’effraction avait été ordonnée par des responsables de la campagne électorale firent la une des journaux, Dean partit en toute hâte pour Camp David (la résidence d’été du président) afin de rédiger un « rapport ».

Le 26 mars, le grand jury se réunit à nouveau pour entendre de nouvelles accusations de la part d’un des cambrioleurs. Le même jour, Dean téléphona à Magruder et enregistra la conversation.

Le 27, Haldeman et Ehrlichman discutèrent de la crise pendant deux heures et demie avec le président. Mitchell, de son côté, rencontra Magruder pour discuter d’un arrangement de clémence, tandis que Martha Mitchell faisait l’un de ses légendaires appels téléphoniques au New York Times pour affirmer qu’on était en train d’essayer de faire de son mari un bouc émissaire.

Lors de son passage à Camp David, le 25, John Dean avait secrètement contacté un ancien camarade d’études de droit pour lui demander conseil quant au meilleur avocat d’assises qu’il pourrait prendre. Cinq jours plus tard, il choisissait un ancien procureur général du gouvernement Kennedy, un dur, Charles Schaeffer. Puis le 8 avril 1973 il eut une entrevue avec les procureurs du procès du Watergate pour demander l’immunité en échange de son témoignage et sauver sa peau, comme il le dit avec une belle franchise dans ses mémoires (7).

En quelques heures, la conspiration du silence s’effondra. Magruder, déjà entré en contact avec les procureurs, commença les négociations sérieuses. Dave Shapiro, mon avocat, pressentant que c’était désormais  » chacun pour soi « , me persuada de me soumettre à un test de détecteur de mensonge, dont il communiqua les résultats au New York Times. Les procureurs me téléphonèrent ; j’offris de témoigner.

La Maison-Blanche était comme un poste de commandement situé en première ligne et soumis au feu roulant de l’ennemi. Il est vrai que des hommes comme Ehrlichman et Haldeman résistaient vaillamment, mais ils n’avaient plus confiance en personne et enregistraient toutes leurs conversations téléphoniques.

Chaque jour, les titres des journaux offraient au public sa ration de nouvelles croustillantes, venant en général de divulgations faites par des subalternes ou leurs avocats dans le but de se blanchir ou d’amener les procureurs à un meilleur arrangement. Quant à ces derniers, ils avaient tant de travail à recevoir les fonctionnaires de la Maison-Blanche offrant de témoigner qu’ils ne savaient plus où donner de la tête. Le Watergate était soudain devenu un grand cirque à trois pistes.

On sait maintenant que sitôt commencée l’enquête pénale sur la Maison-Blanche – c’est-à-dire dès l’entretien de Dean avec les procureurs le 8 avril – les jours de la présidence de M. Nixon étaient comptés. La conspiration du silence fut démasquée – et condamnée – et c’est pourquoi les dates sont si importantes. Car, bien qu’en théorie l’étouffement de l’affaire remonte à l’effraction elle-même en juin 1972, les actes graves de dissimulation – ceux dont chacun savait ou aurait dû savoir qu’ils étaient criminels – ont commencé en fait le 21 mars 1973. Et tout s’effondra le 8 avril 1973.

Ainsi, alors qu’était en jeu l’administration la plus puissante du monde, même un petit groupe de fidèles triés sur le volet – nous n’étions pas plus de dix – fut incapable de garder secrète sa conspiration plus de dix-huit jours.

Pensez pourtant à l’ampleur de l’enjeu. Chacun de nous – Ehrlichman, Haldeman, Mitchell et les autres – croyait passionnément au président Nixon. Pour entrer dans son gouvernement nous avions abandonné des carrières très lucratives d’avocats ou autres ; nous avions sacrifié notre vie privée ; nous avions investi notre vie entière dans ce travail, vingt-quatre heures par jour s’il le fallait. Quelques mois à peine nous séparaient de la réélection du président, une victoire écrasante, historique, triomphale ; l’atroce guerre du Vietnam était enfin terminée ; nous étions au sommet de la réussite à tous égards.

Pensez au pouvoir que nous avions entre les doigts : un seul ordre de l’un de nous pouvait mobiliser des généraux, des membres du cabinet, voire des armées ; nous pouvions engager ou renvoyer des collaborateurs et gérer des budgets se comptant en milliards.

Pensez aux privilèges : un coup de fil à l’administration militaire et nous disposions d’une limousine ou d’un avion à réaction ; la National Gallery prêtait des tableaux de maîtres pour orner les murs de nos bureaux ; des valets de chambre en veste rouge se tenaient prêts à nous servir à manger et à boire vingt-quatre heures sur vingt-quatre ; où que nous allions en voyage surgissaient des téléphones privés ; des hommes du service de protection étaient toujours à portée de vue, aussi nombreux que nous le souhaitions.

Même la perspective de compromettre le président après avoir travaillé si dur à assurer son élection, de perdre le prestige, le pouvoir, le luxe de leurs bureaux personnels n’a pas pu empêcher ces hommes de passer aux aveux. Pourtant, à y réfléchir aujourd’hui, la contrainte morale n’était pas très forte ; il y avait déjà eu des conduites contraires à la morale, des infractions criminelles, voire de faux témoignages de la part de certains. On allait, c’est vrai, au-devant de graves ennuis ; au pire, quelques-uns risqueraient d’aller en prison, encore que ce n’ait été nullement certain alors. En tout cas, personne ne courait de graves dangers ; personne ne risquait sa vie.

Malgré cela, très vite l’intérêt personnel prenait le dessus et les conspirateurs, l’un après l’autre, abandonnaient leur chef, désertaient la cause qu’ils avaient défendue, tournaient le dos au pouvoir, au prestige et aux privilèges.

Quel rapport, me direz-vous, avec la résurrection de Jésus-Christ ? C’est très simple.

Les critiques modernes portées contre la vérité historique de la Résurrection se ramènent en fin de compte à trois hypothèses : ou bien les disciples se sont trompés ; ou bien ils ont délibérément inventé un mythe, conçu en fait comme un symbole ; ou encore les onze disciples ont ourdi un  » complot de la Pâque « : subtilisé le corps du Christ dans son tombeau pour le faire disparaître ailleurs et gardé jusqu’à leur dernier souffle le silence sur cette conspiration.

Examinons chacune de ces suppositions.

La première est la moins crédible. Un homme qui ressuscite des morts, c’est tout de même assez époustouflant : ce n’est pas le genre de fait au sujet duquel les gens risquent d’être indécis ou imprécis. L’Écriture affirme très honnêtement que les disciples ont été si stupéfaits par la réapparition de Jésus que l’un au moins d’entre eux a voulu une preuve tangible et a demandé à mettre le doigt dans les blessures de ses mains et de son côté. Jésus connaissait la nature humaine et son besoin de preuves physiques. Luc nous dit:

 » C’est à eux (ses apôtres) aussi qu’avec plusieurs preuves il se présenta vivant, après avoir souffert, et leur apparut pendant quarante jours…«  (8)

Les récits de l’événement, mis par écrit indépendamment par plusieurs témoins oculaires, écartent la possibilité que les disciples se soient trompés.

Peut-il alors s’agir d’un mythe? Ce serait à première vue plausible puisqu’il était courant au 1er siècle d’exprimer des doctrines religieuses à l’aide de symboles. Mais cela suppose que tous les disciples étaient conscients d’utiliser un procédé symbolique. Or, un coup d’œil aux Évangiles suffit à montrer qu’il ne s’agit ni d’allégorie ni de mythe, mais bien d’un simple exposé narratif. En outre, Paul, étroitement lié aux premiers disciples, anéantit complètement cette théorie du mythe quand il affirme que si Jésus n’est pas réellement ressuscité, le christianisme n’est qu’une vaine imposture (9). Rien dans les écrits de Paul ne suggère le moins du monde qu’il puisse s’agir d’un mythe.

L’hypothèse d’un mythe se révèle donc encore plus insoutenable que celle d’une erreur. Si l’on veut contester l’historicité de la Résurrection et par là la divinité du Christ, on doit admettre une conspiration tramée entre onze hommes avec la complicité d’au moins cinq cents autres. Pour souscrire à cette théorie, il faut en outre croire que chaque disciple acceptait d’être rejeté par sa famille et ses amis, de connaître la peur quotidienne de la mort, d’endurer la prison, de vivre dans la faim et la pauvreté, de renoncer à fonder une famille, d’être torturé sans merci, et enfin de mourir, tout cela sans jamais renier l’affirmation selon laquelle Jésus-Christ était ressuscité des morts !

Voilà pourquoi l’expérience du Watergate est pour moi si instructive. Si John Dean et nous tous avons été saisis d’une telle panique, non pas à l’idée d’être battus et exécutés, mais seulement à cause de la disgrâce politique et d’une possible peine de prison, on imagine aisément ce qu’auraient fait les disciples. Contrairement aux conspirateurs de la Maison-Blanche, c’étaient des hommes sans pouvoir, privés de leur chef, sans foyer, vivant dans un pays occupé. Pourtant, ils s’accrochèrent avec ténacité à leur récit choquant d’invraisemblance, selon lequel leur chef était ressuscité après sa mort infamante, était vivant – et était le Seigneur.

L’affaire du Watergate révèle à mon avis la vraie nature de l’homme. Aucun de ceux qui ont publié ensuite leurs mémoires ne suggère que quiconque se soit rendu dans le bureau du procureur pour des motifs nobles tels que la volonté de faire passer la Constitution avant la personne du président, d’amener des malfaiteurs devant la justice, ou simplement l’indignation morale. Au contraire, ces récits rappellent constamment la fragilité de l’homme. Même des zélateurs politiques au sommet du pouvoir ne songèrent au moment critique qu’à sauver leur peau, fût-ce aux dépens de celui qu’ils déclaraient servir avec tant d’ardeur.

Est-il dès lors vraisemblable qu’une conspiration, un complot destiné à perpétuer un mensonge au sujet de la Résurrection, ait pu survivre aux violentes persécutions qu’ont subies les apôtres, à l’examen minutieux des premiers conciles de l’Église, aux effroyables massacres du 1er siècle où les croyants étaient jetés aux lions par milliers parce qu’ils refusaient de nier la seigneurie du Christ ? N’est-il pas normal de penser que l’un au moins des apôtres aurait renié Christ plutôt que d’être décapité ou lapidé ? N’est-il pas probable que l’un ou l’autre aurait divulgué un document secret démontrant l’existence du complot ? L’un des conspirateurs aurait sûrement pris contact avec les autorités pour monnayer ses révélations. Le gouvernement et le Sanhédrin l’auraient sans doute accueilli à bras ouverts et avec générosité.

Blaise Pascal, ce génial mathématicien, homme de science, inventeur et logicien du XVIIè siècle, fut convaincu de l’authenticité de Christ par l’examen des témoignages historiques. Dans ses Pensées, il écrit:

L’hypothèse des apôtres fourbes est bien absurde. Qu’on la suive tout au long, qu’on s’imagine ces douze [sic] hommes assemblés après la mort de Jésus-Christ, faisant le complot de dire qu’il est ressuscité. Ils attaquent par là toutes les puissances. Le cœur des hommes est étrangement penchant à la légèreté, au changement, aux promesses, aux biens. Si peu qu’un de ceux-là se fût démenti par tous ces attraits, et qui plus est par les prisons, par les tortures et la mort, ils étaient perdus (10).

Comme l’observe correctement Pascal, l’homme dans son état normal reniera ses convictions aussi facilement que Pierre a renié Jésus avant la Résurrection. Mais, comme l’a découvert ce même Pierre après la Résurrection, il existe une puissance au-dessus de l’homme qui le fait renoncer à tout. C’est la puissance du Dieu qui s’est révélé en la personne de Jésus-Christ.

Croyez-en l’un de ceux qui furent impliqués dans l’affaire du Watergate, qui a été aux premières loges pour voir combien une conspiration est fragile : seul un fait aussi extraordinaire que le Christ ressuscité peut avoir décidé ces hommes à maintenir jusqu’à leur dernier soupir que Jésus était vivant et Seigneur.

Ces preuves ont assez de poids pour me convaincre que les apôtres disaient effectivement la vérité : Jésus est bien ressuscité corporellement ; il est bien celui qu’il disait être. Par conséquent, il parle avec l’autorité absolue du Dieu tout-puissant. Et ce fait permet de sortir de ce qu’on pourrait autrement considérer comme un raisonnement en cercle vicieux.

Nous arrivons donc à un certain nombre de conclusions décisives concernant l’Écriture Sainte:

  • La Bible est la Parole de Dieu. Car le Fils de Dieu qui parle avec pleine autorité ne s’est pas servi des Écritures comme d’un recueil de pieux adages ou d’un guide pour notre vie chrétienne. Il voyait dans l’Écriture la révélation de Dieu lui-même.
  • Jésus a fondé toute sa vie sur l’Écriture, en s’y fiant totalement. Il s’est soumis à l’autorité de l’Écriture.
  • Si l’on examine l’attitude de Jésus à l’égard de l’Écriture tout au long de son ministère, il est clair qu’il la considérait comme infaillible et inerrante (c’est-à-dire sûre et exempte d’erreur) (11).

Nous qui prétendons le suivre, comment pourrions-nous être d’un autre avis là-dessus ?

Charles Colson, « Le Watergate et la résurrection, » (tiré du livre : Aimer Dieu, Éditions G.M., 1986, pp. 67-79).

(1) Célèbre activiste communiste noire accusée de meurtre.

(2) Je vois deux raisons à cela. Tout d’abord, par définition, une conspiration est un puzzle formé d’un grand nombre de petites pièces ; les personnes impliquées ne voient souvent que leurs propres pièces et connaissent rarement l’ensemble du puzzle. Secondement, le seul contact qu’aient avec le droit criminel 98% des juristes se limite à un cours pendant leurs études et à de rares procès criminels qui leur sont commis d’office et sont en général réglés rapidement par des arrangements hors tribunal – ce qui n’est pas à l’honneur du système judiciaire américain. Pour la plupart d’entre eux, la seule expérience tant soit peu directe du drame des confrontations en tribunal consiste à regarder en même temps que le commun des mortels l’émission télévisée nocturne de Perry Mason. Ma première rencontre avec les lois concernant l’entrave à l’action de la justice eut lieu quand je fus poursuivi – et incarcéré – sur la base de l’une d’elles.

(3) D’après les transcriptions officielles de la Maison-Blanche, 13 février 1973, rendues publiques par le procureur du procès du Watergate.

(4) Même source.

(5) La conversation est citée d’après la transcription d’un enregistrement qui n’a pas été produit au procès du Watergate et n’a pas été rendu public avant 1981.

(6) N. d. t. Précisons que ces arrangements sont légaux aux États-Unis.

(7) John Dean, Blind Ambition (New York: Simon and Schuster, 1976), p. 233.

(8) Actes 1:3.

(9) 1 Cor 15.

(10) Blaise Pascal, Pensées, fragment 310 dans l édition de Lafuma, 801 dans l’édition de Brunschvicg. (Le passage cité en exergue, p. 6, est tiré du fragment 149 de Lafuma, 430 de Brunschvicg.)

(11) Mat. 5.18; Jean 17:17

Étude suivante >>

⌃⌃ Retour au sommaire ⌃⌃

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Sauf mention contraire, le contenu de cette page est sous contrat Creative Commons by-nc-sa. ©2017 Un poisson dans le net (http://unpoissondansle.net).
RSS Articles - RSS Commentaires - Contact

Commentaires récents