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Le papillon

Qui suis-je ? Un homme ? Pas encore vraiment. La chrysalide aura un jour des ailes, (Oui, il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père), mais aujourd’hui, le ver rampe. Un jour, il boira le nectar caché dans l’admirable calice de la rose, mais maintenant encore il se nourrit de la rugueuse et détestable feuille de l’arbre qu’il ne peut survoler. (Misérable que je suis, qui me délivrera ?)

Un jour prochain, demain peut-être, il dansera avec le vent ; Il sera la flamme insaisissable, la fleur de feu libérée et fantasque, la touche de génie sur la toile bleue de l’Artiste. Aujourd’hui, il n’est qu’un petit tas brut de peinture verte à peine sorti du tube et posé à même la palette.

Depuis que je t’ai connu, je sens autour de moi comme une main apaisante. Mes yeux se ferment à la terre sur laquelle rampe mon corps. Les nourritures insipides perdent jour après jour leur attrait, et en moi monte une soif de parfums et de flacons que je devine sans les connaître.

Où es-tu ? Derrière la gaze impalpable de mon demain ?

Je vois se déployer autour de moi l’écheveau si ténu des fils de ton amour. Tu me serres ; tu m’emprisonnes pour mieux me délivrer ; tu me suspends comme un ornement aux branches du Cep millénaire et tu me caches, tu m’enserres, tu m’entoures, tu me veilles et tu me protèges.

Mon être intérieur se fait et se défait. Je croyais me connaître et je ne vois plus en moi qu’un étranger. Travail étrange du sculpteur qui pétrit la pâte de l’intérieur. Les empreintes de tes doigts sont partout au plus profond de moi. Tel un volcan, ta vie fait bouillonner la mienne comme une apaisante et guérissante fièvre.

Béni sois-tu, dans ta sagesse, d’avoir voulu que les papillons partagent un temps la vie du ver ; qu’ils rampent avant de voler ; qu’ils se repaissent de poussière avant de dévorer le ciel.

Oui béni sois-tu, frère des papillons, Toi qui as fait la route inverse, qui as quitté les cimes pour être précipité dans l’abîme, qui as délaissé le miel de la rose pour te nourrir de la grossière écorce, qui as jeté tes ailes et acquis ces misérables poils qui te servent de pattes. Chacune de ces mutilations me dit une seule chose : “Je t’aime ; je t’aime et je t’aime encore.”

Et je me crois soudain supérieur à mon frère qui gît dans le ruisseau.

Daniel Dutruc-Rosset

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