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Un poisson dans le netRéflexionLes bases de la logique (6) : Les faux dilemmes

Les bases de la logique (6) : Les faux dilemmes

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Rappel : Nous avons entamé avant Noël une série d’articles sur l’utilisation du raisonnement logique dans notre témoignage. Nous vous invitons à lire ou à relire les premiers articles de la série avant de poursuivre…

La possibilité d’avoir tort est le prix à payer par celui qui veut avoir une chance d’avoir raison !

Quand on lui demanda  » Pourriez-vous me convaincre de la nécessité du raisonnement logique ? » Épictète répondit : « Vous voulez que je vous le démontre ? » « Oui » « Dois-je utiliser un mode démonstratif dans mon argumentation ? » Quand cela fut agréé, il ajouta : « Et comment saurez-vous que je ne vais pas utiliser un raisonnement fallacieux ? » Comme son interlocuteur restait muet, il conclut : « Ne reconnaissez-vous pas vous-même que le raisonnement logique est nécessaire, puisque sans l’utiliser vous ne pouvez savoir s’il est nécessaire ou non ! » (1, traduction libre)

Nous entamons aujourd’hui la description des sophismes (raisonnements fallacieux) les plus couramment rencontrés dans les conversations. Référez-vous au sommaire de cette série d’articles pour les bases « théoriques » sur lesquelles nous allons nous appuyer…

Nous nous appuyons sur la classification établie par le site chrétien The Illogic Primer.

1. Les sophismes de distraction

Les sophismes de distraction sont caractérisés par l’utilisation illégitime d’un opérateur logique dans le but de distraire l’interlocuteur et de lui cacher l’erreur de certaines propositions. Ils comprennent :

  • les faux dilemmes
  • les sophismes d’ignorance
  • les pentes glissantes
  • les questions complexes

1.1 Les faux dilemmes

Principe

Quelques options sont proposées (2 en général), alors qu’il en existe d’autres. Il s’agit d’un usage illégitime de l’opérateur « OU ». Réduire les problèmes à un choix entre « blanc ou noir » est typique de ce sophisme. Cela donne, en notation logique :

Soit P soit Q
Non P.
Alors Q.

Ou, exprimé plus subtilement :

Soit P soit Q.
Si P alors R.
Si Q alors S.
Alors, soit R soit S.

Ce raisonnement peut être correct dans le cas où il n’y a vraiment que deux alternatives opposées. Exemple :

  1. Bill est soit mort soit vivant
  2. Bill n’est pas mort
  3. Donc Bill est vivant.

Exemples de faux dilemmes

  • Soit 1+1=4, soit 1+1=12 // 1+1 ne vaut pas 4 // Donc 1+1=12
  • Si tu n’es pas pour moi tu es contre moi

  • Allez-vous voter pour moi, ou allez-vous laisser le chômage augmenter indéfiniment ?

  • La France, tu l’aimes ou tu la quittes

  • Vous êtes critique envers les thérapies alternatives, c’est que vous aimez vous bourrer d’antibiotiques

  • Si tu ne pries pas avant un repas, c’est que tu es athée

  • Je t’ai vu dans une église l’autre jour, il est donc faux que tu ne crois pas en Dieu

  • Soit tu vas à l’université, soit tu vendras des hamburgers toute ta vie !

  •  » Soit les citoyens sont bons, soit ils sont mauvais. S’ils sont bons, les lois contre les crimes sont inutiles. Mais s’ils sont mauvais, les lois contre les crimes ne les dissuaderont pas. Donc les lois contre les crimes sont inutiles ou inefficaces  » (Kahane & Cavender, Logic and Contemporary Rhetoric, p. 58., traduction libre)

  • Le fameux dilemme d’Euthyphron : soit le bien est bien parce que Dieu le veut, soit Dieu le veut car il s’agit du bien. Si l’on croit que le bien ou la morale se confond avec ce que Dieu veut, cela signifie que le bien est arbitraire. Si l’on croit la seconde option, Dieu n’est pas nécessaire pour l’existence du bien.Y a-t-il une troisième option ?

Prendre le contre-pied d’un faux dilemme

  • en montrant que l’une des options n’en est pas une

  • en citant une option supplémentaire.

Une manière efficace de déceler un faux dilemme est de se demander si la seconde option est l’opposée de la première, en d’autres termes si on nous propose A ou non A (ce qui est tout le temps vrai !)

Par exemple, dans le dilemme d’Euthyphron, la seconde option n’est pas tout à fait l’inverse de la première (ce qui donnerait :  » soit le bien est bien parce que Dieu le veut, soit le bien est bien pas parce que Dieu le veut « ). De même, l’opposé de « La France, tu l’aimes » est : « La France, tu ne l’aimes pas » et non « tu la quittes » !

Ce critère n’est pas absolu mais il s’avère souvent vérifié.

Sources :

Credit photo:
brimley

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