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Un poisson dans le netRéflexionLa Bible et l’esclavage (3/6)

La Bible et l’esclavage (3/6)

SlaveryLe texte que nous vous proposons ci-dessous traite d’un sujet rarement abordé dans nos assemblées, peut-être parce que certains prédicateurs se sentent un peu ” gênés aux entournures ” avec ce qu’en dit la Bible. C’est à l’honneur de l’auteur de ce long article de s’y atteler. Nous sommes heureux de vous le présenter, en plusieurs épisodes.

N’hésitez pas à commenter ses propos, sans oublier que vous n’aurez une vue globale de la pensée de l’auteur … qu’une fois l’article entièrement publié (oups, c’est la première lapalissade de l’année ;-) ). Après la partie 1 et la partie 2, voici donc la partie 3 de " La Bible et l’esclavage ".

Et c’est là que nous commençons à découvrir la sagesse de Dieu, dans l’approche biblique du problème de l’esclavage.

Si la Bible condamnait simplement et clairement l’esclavage, qu’est-ce qui changerait ? Pas grand chose, à mon avis. Le vol, le meurtre, l’immorali­té sous toutes ses formes, sont condamnés sans appel dans la Bible. Ces pratiques ont-elles disparu pour autant ? Ont-elles même diminué ? Je n’en suis pas du tout sûr. Pourtant, l’esclavage a plus ou moins disparu des pays où l’enseignement de la Bible a eu le plus d’influence. […] Pourquoi ?

Tout simplement parce que la loi de Dieu, telle qu’elle est donnée dans la Bible, a attaqué le problème d’une façon subtile, par le fond. L’application, même partielle, des préceptes de Dieu à cet égard a eu trois conséquences :

  • D’abord, l’esclavage devient bien moins intéressant sur le plan économique. S’il faut traiter ses esclaves correctement, s’il faut pourvoir à une vie décente pour eux, si on ne peut pas les acheter à un prix artificiellement bas parce qu’ils ont été tout simplement kidnappés (volés) gratuitement, il est moins facile de voir dans l’esclavage une possibilité de s’enrichir par l’exploitation des pauvres. En fait, ils deviennent des ouvriers, qui ne coûtent pas beaucoup moins à leurs maîtres que des employés qui sont payés normalement pour leur travail. Et l’intérêt économique de l’esclavage étant une des raisons principales pour lesquelles il est pratiqué, tout ce qui réduit son intérêt tend à son élimination.
  • Pour comprendre le deuxième résultat de l’enseignement biblique dans le domaine, il faut comprendre que l’esclavage est également attirant  par le pouvoir qu’il donne sur d’autres. Il y a quelque chose d’exaltant pour le coeur humain tordu, dans le fait de “posséder“ un autre être humain. Quelque part, cela répond à un besoin profond de valorisation de la part du pécheur. Quel plaisir de faire partie de la classe “supérieure“ et de disposer des services de gens qui nous regardent un peu comme des “dieux“ !

    Le comportement que la Bible exige de la part des maîtres d’esclaves réduit largement cet intérêt. Le “pouvoir de dominer“ est beaucoup moins important, puisque le maître doit obéir, lui aussi, à des lois qui limitent sévèrement sa liberté d’action. Peu à peu il se rend compte que, tout en étant le maître, la différence entre ses esclaves et lui est plutôt une différence de fonction qu’une véritable question de pouvoir. Il a ses responsabilités ; les esclaves ont les leurs. Peut-être même plus que la perte d’intérêt économique, cette réduction de la domination tend aussi vers la disparition de l’esclavage.
  • Finalement -et à mon avis cet élément est plus important que les deux autres réunis- l’enseignement biblique mine la fondation même de l’esclavage, en enseignant explicitement que tous les êtres humains, esclaves ou libres, riches ou pauvres, chefs du peuple ou simple ouvriers, sont égaux devant Dieu. Seul un sociologue qui a étudié d’autres sociétés que la nôtre peut comprendre pleinement à quel point cet enseignement biblique est insolite, du point de vue de l’histoire du monde. S’il nous semble normal, un fait évident, c’est parce que nous avons la chance de vivre dans une société qui en a été imprégnée, au fil des siècles.

Il fallait d’abord que la loi de Dieu dépasse le cadre de la société juive, ce qui a été fait avec le christianisme. Ensuite, il fallait que le christianisme s’étende en Europe et dans le monde. Puis, il a fallu que le christianisme se débarrasse des notions païennes dont il s’était doté, à cause de la façon dont il s’est étendu : je parle là de la réforme protestante et du retour à la Bible comme source d’autorité en matière de religion et de foi. Il est notoire que les notions de démocratie, de liberté, et d’égalité des hommes, ne sont pas venues d’abord des pays catholiques, mais des minorités persécutées qui avaient adoptées la Réforme.

Cette notion de l’égalité innée de tous les hommes est devenu la base sociologique d’une société pour la première fois avec la fondation des Etats-unis, peu après le milieu du dix-huitième siècle. Ensuite, il a fallu plus d’un siècle aux américains mêmes pour en comprendre les implications (les auteurs de ces idéologies si nobles ne voyaient aucune contradiction avec le fait de détenir des noirs comme esclaves), et pour d’autres pays de leur emboîter le pas.

La révolution française fut la première tentative d’application à l’échelle nationale, sur le continent européen, de ces notions révolutionnaires de l’égalité de tous. Mais tout comme sur le continent américain, la révolution française n’a pas permis l’instauration immédiate d’un véritable démocratie. Ici comme là-bas, la transformation de la société ne s’est pas faite en un jour.

Nous oublions si souvent que la liberté que nous considérons comme normale est le résultat d’une lutte longue et compliquée, qui a duré des siècles et des siècles, et qui a été gagnée de justesse. Soit-dit en passant, la victoire n’est pas définitive. Nous oublions aussi qu’un des éléments principaux dans cette évolution a été la diffusion, peu à peu et malgré une opposition profonde, de certaines notions qui viennent en fait de la Bible.

Même en France, où le soi-disant “christianisme“ pratiqué couramment est composé à peu près en parts égales de druidisme ancien, de pratiques tirées de la mythologie romaine, et de source biblique, et où la grande majorité du peuple ne "pratique" même pas ce mélange (et n’ont pas forcément tort de ne pas le faire), l’influence de la pensée chrétienne s’est faite sentir. De quelle source religieuse ou philosophique viennent ces notions si chères à nos coeurs : “liberté, égalité, fraternité“ ? De la pensée biblique. Une étude du développement de la pensée religieuse dans le monde le montre très clairement.

La Bible prend donc peut-être position contre l’esclavage d’une façon plus efficace qu’il n’y paraît au premier abord. En exigeant un traitement humain des esclaves, et en enseignant la dignité humaine de tous, la Bible a miné les fondations de l’esclavage, pour qu’il disparaisse (avec un certain nombre d’autres abus sociaux) dans la mesure où la pensée biblique se répandrait.

Et c’est là que nous voyons la première raison pour laquelle la Bible ne s’élève pas ouvertement et explicitement contre l’esclavage : Dieu sait très bien qu’on n’élimine pas un mal en le dénonçant. Les hommes ne sont pas disposés à obéir à la loi de Dieu. Il fallait donc modifier, lentement et subtilement, la disposition du coeur humain, pour éliminer ce mal par la racine. C’est ce que Dieu a fait.

Ceux qui trouvent dans la Bible une justification de l’esclavage (et ils ont été nombreux, il n’y a pas tant de temps que cela, aussi bien en Europe qu’en Amérique du nord) ont tort. Ce que la Bible préconise, et par extension permet, n’est pas l’esclavage tel qu’il a toujours été pratiqué. Elle ne dénonce pas l’esclavage d’une façon générale, mais une fois qu’on a éliminé de l’esclavage tous les abus que la Bible dénonce effectivement, il reste un système pas aussi épouvantable qu’il en a l’air (mais qui est mauvais, comprenez-moi bien !), et qui de toute façon n’a pas suffisamment d’intérêt pour être maintenu longtemps.

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