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Un poisson dans le netRéflexionLa Bible et l'esclavage (2/6)

La Bible et l'esclavage (2/6)

Black Conscience Day - ILe texte que nous vous proposons ci-dessous traite d’un sujet rarement abordé dans nos assemblées, peut-être parce que certains prédicateurs se sentent un peu ” gênés aux entournures ” avec ce qu’en dit la Bible. C’est à l’honneur de l’auteur de ce long article de s’y atteler. Nous sommes heureux de vous le présenter, en plusieurs épisodes.
N’hésitez pas à commenter ses propos, sans oublier que vous n’aurez une vue globale de la pensée de l’auteur … qu’une fois l’article entièrement publié (oups, c’est la première lapalissade de l’année ;-) ). Après la partie 1, voici donc la partie 2 de " La Bible et l’esclavage ".

Je vois essentiellement deux grandes raisons pour lesquelles la Bible ne s’élève pas contre l’esclavage. Les deux nous obligent à revoir certaines notions qui peuvent nous être chères quant à ce qui constitue le but “social“ de Dieu.

D’abord, il serait faux de penser que la Bible ne lutte pas contre le fléau qu’est l’esclavage. Elle le fait même d’une façon qui, pour être subtile, n’est pas inefficace. Du point de vue de notre société, quand le processus mis en place par la Bible a plus ou moins abouti, on a l’impression que l’opposition de la Bible à l’esclavage n’est pas particulièrement marqué. Mais cette façon de s’y prendre a eu son effet, et a été efficace dans une société qui n’était pas du tout préparée à l’idée que l’esclavage devait disparaître.

Ce que la Bible fait n’est pas d’interdire l’esclavage, ni de le dénoncer, ni de lutter ouvertement contre. Elle se contente de s’opposer à certains abus. La Bible permet explicitement l’esclavage, d’ailleurs (ce qui ne manque pas de nous choquer, nous autres occidentaux du 20ème siècle), mais en imposant aux maîtres un comportement de plus en plus strict.

Le premier abus que la Bible interdit est le trafic d’esclaves. Il n’y a, selon la Bible, que trois manières “ légitimes “ pour devenir esclave. D’abord, suite à une situation financière impossible, quelqu’un peut se vendre — ou vendre des membres de sa famille — comme esclave. Deuxièmement, en temps de guerre, plutôt que de massacrer ceux qui sont capturés chez l’ennemi, on peut les garder comme esclaves. Troisièmement, on peut être esclave de naissance, parce que ses parents sont esclaves.

Ce qui n’est jamais envisagé comme une pratique légitime est le trafic d’esclaves tel qu’il était pratiqué, par exemple, il y a deux ou trois siècles, quand les Anglais et d’autres allaient en Afrique, capturer par la force des gens libres, pour les vendre aux Américains comme esclaves. Cette pratique tombe clairement sous la condamnation d’un texte comme 1 Timothée 8-11, qui classe les “ voleurs d’hommes “ ou “ marchands d’esclaves “ (selon les traductions) avec les pratiques iniques qui sont contraires à la volonté de Dieu.

Ensuite, la Bible impose des limites sévères sur le traitement des esclaves. Les maîtres n’ont pas droit de vie et de mort sur leurs esclaves.

Le premier passage qui réglemente le traitement des esclaves, au niveau de la punition corporelle, est Exode 21.20-21. Le passage dit clairement que celui qui frappe son esclave de telle façon que l’esclave en meurt doit être considéré comme un meurtrier. Le fait que l’esclave soit “ sa propriété “ n’y change rien.

Il est vrai que le texte semble permettre une brutalité répréhensible. Il y est dit que si, après avoir été battu, l’esclave survit un jour ou deux, le maître n’est pas coupable de meurtre.

Toutefois, ceci ne peut pas être considéré comme le droit d’user de n’importe quelle violence physique, du moment que l’esclave ne meurt pas sur le coup. Les versets 26 et 27 montrent clairement que le maître n’a pas le droit d’infliger des blessures à ses esclaves. S’il va jusqu’à faire perdre ne fût-ce qu’une dent à un esclave, l’esclave doit avoir sa liberté en contrepartie de la blessure qu’il a reçue.

En fait, la provision de ce passage (qui ne condamne pas le maître d’un esclave qui meurt quelque temps après avoir été puni) n’est pas une permission de battre les esclaves, mais simplement la codification des limites de la loi pénale, dans une société où la science médicale était nettement moins avancée que de nos jours. Si un esclave mourrait quelques jours après avoir été puni par son maître, ce serait trop simple d’en rendre le maître responsable. Ce n’est pas à exclure automatiquement, évidemment, mais ce serait difficile à prouver. Et dans la loi civile et pénale à l’époque -comme de nos jours- dans le doute on ne peut pas prononcer une condamnation. (De nos jours, si l’esclavage était toujours pratiqué, il serait possible de serrer de bien plus près la limite qui définit ce qui pourrait s’appeler la “ brutalité “, car un examen médical déterminerait avec bien plus de fiabilité si une mort, ou une infirmité permanente, résultait d’une punition reçue. Le principe légal derrière en serait le même ; la différence ne reflète qu’un progrès dans l’état de la science.)

Ce texte n’est pas le seul qui limite la violence que le maître a le droit d’infliger à son esclave. Le Nouveau Testament, bâtissant sur la fondation de l’Ancien, demande un comportement encore plus “ correct “. Colossiens 4.1 dit que le maître doit accorder à ses esclaves un traitement “ juste et équitable “. Ephésiens 6.9 va jusqu’à dire qu’il faut s’abstenir même de menaces.

 Ajoutons à cela, finalement, que la libération des esclaves était prévue. Il est vrai qu’il y a deux poids et deux mesures dans les provisions, ce qui ne manque pas de nous choquer. Les textes disent qu’un esclave hébreu doit être libéré au bout de sept ans automatiquement, alors qu’un esclave d’un peuple étranger peut être gardé à perpétuité. Ceci reconnaît qu’un Hébreu a un droit d’héritage en Israël, dont il ne peut être privé, même si pour une raison ou une autre il est obligé de passer par l’esclavage pour un temps. Les étrangers, n’ayant pas ce droit d’héritage, passent sous une autre loi.

Mais la rédemption est prévue même pour eux. Quelqu’un qui est devenu esclave à cause de sa pauvreté, ou parce qu’il a été pris comme prisonnier dans une guerre, peut retrouver la liberté, moyennant un prix. Ce prix peut être payé par quiconque, mais normalement le droit — et la responsabilité — de rédemption revenait à la famille. La solidarité qui devrait exister dans une famille permettrait donc que la situation d’esclave ne soit pas permanente.

Si tout l’enseignement biblique sur l’esclavage était appliqué, il est difficile de voir en quoi ce serait un fléau. Ceci peut nous sembler difficile à accepter, car nous avons du mal à concevoir l’esclavage autrement qu’avec les abus qui l’ont toujours accompagné dans l’histoire. Mais imaginons l’esclavage, pratiqué réellement en observant les restrictions bibliques :

On ne deviendrait esclave que dans des conditions où l’alternative normale, dans la culture de l’époque, était la mort. L’esclavage devenait donc une option avantageuse. En plus, l’esclave devait être traité correctement. Le maître devait fournir le nécessaire pour sa vie (logement, vêtements, nourriture…), ne devait pas le maltraiter, et devait même adopter une attitude tout à fait correcte envers les esclaves qui sont, après tout, des être humains comme lui.

Pourtant, ce n’est pas pour autant que l’esclavage semble être une option valable dans la société. Moi le premier, je préfère largement vivre dans une société libre. (Tout en reconnaissant que si je vivais dans une société antique, où l’esclavage était universellement pratiqué et considéré comme normal, j’estimerais déjà comme une solution largement suffisante, qu’il soit pratiqué selon les modes préconisées dans la Bible.) La raison est à trouver dans la nature humaine : quand l’esclavage a-t-il été pratiqué d’une façon humaine ? L’injustice et la méchanceté inhérentes dans le coeur humain prennent leur forme le plus vile dans un tel contexte. Loin d’être une option pour quelqu’un qui se trouve dans une situation sans issue de trouver une vie stable (quoique humble), l’esclavage a toujours été le moyen pour les plus forts d’exploiter sans merci les plus faibles.

Cela étant dit, je reconnais que cette injustice ne vient pas du fait que la Bible enseigne une telle chose, mais justement parce que l’enseignement de la Bible n’a jamais été pratiqué. Le problème n’est donc pas en premier dans la loi de Dieu, mais dans le fait que l’homme fait fi de la loi de Dieu.

Suite : bientôt !­

Two thoughts on “La Bible et l'esclavage (2/6)

  1. C’est étonnant de réaliser que Dieu nous prend là où nous en sommes. Il a fixé les lois pour cadrer les activités humaines là où elles se trouvaient, en fonction des connaissances qu’ils avaient, en tenant compte de leurs usages de l’époque.
    C’est fou de concevoir un Dieu qui ne vient pas pour détruire tout ce qui est déjà en place, mais pour construire à partir de là où nous en sommes.

  2. « les Anglais et d’autres allaient en Afrique, capturer par la force des gens libres »
    Les Anglais ne s’aventuraient pas dans les terres africaines et restaient prudemment près de la côte. Les Anglais et d’autres allaient en Afrique, acheter des esclaves aux rois nègres cannibales pour les revendre aux Américains. Les esclavagistes étaient d’abord les Africains eux-mêmes.
    http://tinyurl.com/kjy69j8

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