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Un poisson dans le netRéflexionLa Bible et l'esclavage (1/6)

La Bible et l'esclavage (1/6)

Slave Trade Memorial

Le texte que nous vous proposons ci-dessous traite d’un sujet rarement abordé dans nos assemblées, peut-être parce que certains prédicateurs se sentent un peu  » gênés aux entournures  » avec ce qu’en dit la Bible. C’est à l’honneur de l’auteur de ce long article de s’y atteler. Nous sommes heureux de vous le présenter, en plusieurs épisodes.
N’hésitez pas à commenter ses propos, sans oublier que vous n’aurez une vue globale de la pensée de l’auteur … qu’une fois l’article entièrement publié (oups, c’est la première lapalissade de l’année 😉 ). Voici donc la première partie de …

LA BIBLE ET L’ESCLAVAGE

Un cas de figure, pour comprendre l’application de l’enseignement biblique aux problèmes sociaux

David Shutes (avril 1995)

Il n’est pas toujours facile de comprendre ce que la Bible dit -et surtout de comprendre ce qu’elle ne dit pas- sur les problèmes de la société. La pauvreté, l’injustice, les guerres, ne sont pas des problèmes nouveaux. Ils existaient déjà quand la Bible a été écrite. Pourtant, la Bible s’adresse surtout à l’homme en tant qu’individu, et travaille essentiellement sur le plan spirituel.

Le monde dans lequel le Nouveau Testament a été écrit nous est bien connu ; il s’agit de l’Empire Romain à son apogée. Un monde, donc, où les injustices politiques et sociales étaient très répandues. Pourtant, ni Jésus ni les apôtres ne semblent bien s’intéresser aux implications de ce pouvoir impérialiste, qui occupaient entre autres leur propre pays. Il ne s’élevaient pas contre l’esclavage, ni la domination des classes “libres“ par la riche aristocratie de l’époque. Ils ne dénonçaient jamais l’inégalité économique et sociale qui était pourtant bien plus marquée de leurs jours que des nôtres. Les jeux du Cirque, l’avortement, le crime rampant, l’immoralité flagrante et pervertie, l’occultisme ouverte, étaient tous des fléaux bien connus.

Mais la Bible en parle peu, et quand elle en parle, elle s’adresse surtout à l’individu, à celui qui désire vivre sa vie selon l’enseignement de Dieu. Les disciples de Jésus sont appelés à vivre autrement, mais non à s’insurger contre le mal qui les entoure. L’idée de changer profondément la société semble étrangère à la Bible, à part en Israël, où tous sont censés obéir à Dieu, même contre leur volonté. Cependant, même dans ce cas, cette idée n’est avancée qu’occasionnellement, et — il faut l’admettre — sans guère d’efficacité.

Pourquoi la Bible attache-t-elle si peu d’importance aux problèmes de la société ? Dieu est-il indifférent au comportement de l’homme, aussi injuste soit-il, du moment que l’homme pratique une certaine religion qui ne change pas grande chose dans sa vie de tous les jours ?

Pour approfondir ce sujet, nous allons nous pencher sur un problème social particulier, celui de l’esclavage. Il illustre bien notre difficulté, étant une institution qui ne nous semble pas pouvoir être justifiée, et qui n’est pourtant pas interdite dans la Bible. De plus, n’étant pas un problème qui nous touche de près de nos jours (encore que…), nous pouvons peut-être l’étudier avec plus d’objectivité que si nous parlions de problèmes encore prégnants dans nos sociétés occidentales, comme la pauvreté ou l’avortement, problèmes envers lesquels nous pouvons éventuellement avoir une opinion ambiguë, si nous tirons un avantage quelconque de la pratique de l’abus en question.

La Bible a été écrite sur une période d’à peu près 1500 ans, de 1400 avant Jésus-Christ à la fin du premier siècle de notre ère. Il n’est pas étonnant en soi qu’elle contienne de nombreuses références à l’esclavage, car l’esclavage était pratiqué dans toutes les sociétés anciennes. Les Egyptiens, les Assyriens, les Babyloniens, les Perses, les Grecs, les Romains, et toutes les cultures qui entouraient ces grands empires, acceptaient l’esclavage comme une situation normale.

Ce qui est plus étonnant, c’est que la Bible ne s’élève jamais contre l’esclavage. La pratique n’est jamais dénoncée comme un mal en soi, et aucun des grands personnages de la Bible, à commencer par Jésus lui-même, ne s’est élevé contre l’esclavage d’une façon générale. Il y a eu des dénonciations de certains “abus“, mais c’est à peu près tout.

Comment expliquer cette situation curieuse ? Il est trop simple de dire que la Bible ne s’intéresse pas à la justice sociale ; de nombreuses passages prouvent le contraire. Un livre qui déclare d’un bout à l’autre que l’homme doit aimer son prochain comme lui-même n’est pas indifférent à l’oppression. Il serait trop simple également de dire que les maux de la société n’intéressaient les auteurs de la Bible que dans la mesure où ils étaient personnellement touchés. D’abord, une telle accusation serait injuste, car il y a maints exemples à citer pour réfuter une telle supposition. De plus, l’esclavage a touché plus d’une fois et de très près de grands personnages de la Bible.

Commençons par le fait que les Juifs étaient esclaves en Égypte. Dieu n’a jamais voulu qu’ils l’oublient, et il leur a strictement ordonné de ne pas opprimer des étrangers, en se rappelant de ce que leurs propres ancêtres avaient subis. (Voir, par exemple, Ex. 22.20 : “ Tu n’exploiteras pas l’immigrant, et tu ne l’opprimeras pas ; car vous avez été des immigrants dans le pays d’Egypte. “ Ce même commandement, sous différentes formes, se trouve au moins cinq fois, rien que dans la loi de Moïse.)

Ajoutons que de nombreuses fois dans l’histoire d’Israël, et notamment lors de l’exil en Babylone, un grand nombre de Juifs — et non les moindres — ont de nouveau connu l’esclavage. Le prophète Daniel, par exemple, l’un des auteurs bibliques, a lui-même été réduit à l’esclavage. Dans le Nouveau Testament aussi, l’apôtre Paul a été touché de près par le problème. Il a eu l’occasion de voir un esclave en fuite non seulement se tourner vers le Seigneur, mais devenir l’un de ses amis personnels. Cet esclave, Onésime, était la propriété d’un autre ami chrétien de Paul, Philémon. La courte lettre de Paul à Philémon, qui fait partie des textes sacrés, touche pour ainsi dire exclusivement à cette situation épineuse.

Et pourtant, personne ne s’est élevé contre l’esclavage d’une façon générale. Ni Joseph, ni Daniel, nés libres mais devenus esclaves par la suite, ni Moïse, qui a vu tout son peuple souffrir sous l’exploitation de l’esclavage, ni Paul, dont un ami proche avait été esclave, ni Jésus, qui annonce plus que tout autre que ce que Dieu veut de nous : que nous l’aimions lui, et que nous nous aimions les uns les autres.

Suite : Partie 2

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