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Un poisson dans le netMéditation bibliqueL’athlétisme et la foi chrétienne (2/3) : Le chrétien et la pratique du sport

L’athlétisme et la foi chrétienne (2/3) : Le chrétien et la pratique du sport

Voici la seconde partie de la réflexion de David Shutes sur le sport dans la Bible. La partie précédente est disponible ici : L’Apôtre Paul et la compétition athlétique.

On peut se demander, pourtant, pourquoi l’Apôtre Paul en parle tant. Le but de ses lettres, après tout, n’est pas d’enseigner l’athlétisme. Il cherche plutôt à encourager les croyants dans leur foi chrétienne.

S’il se sert si fréquemment d’illustrations du monde sportif, c’est que ce monde a quelque chose à nous dire pour nous aider à comprendre la foi chrétienne. Outre Colossiens 2:18, déjà cité, considérez cette liste de passages où les chrétiens sont exhortés dans leur vie chrétienne par des illustrations athlétiques :

  • « Ainsi donc, cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde » (Romains 9:16).
  • « Vous couriez bien : qui vous a arrêtés, en vous empêchant d’obéir à la vérité ? » (Galates 5:7).
  • « Exerces-toi à la piété ; car l’exercice corporel est utile à peu de choses, tandis que la piété est utile à tout, elle a la promesse de la vie présente et le la vie à venir » (1 Timothée 4:7-8).
  • « Combats le bon combat de la foi… » (1 Timothée 6:12). (Notons que l’autre passage où Paul exhorte Timothée à combattre le bon combat, 1 Timothée 1:18, utilise dans le texte original des termes tirés du domaine militaire et non sportif.)
  • « …et l’athlète n’est pas couronné, s’il n’a combattu suivant les règles » (2 Timothée 2:5).
  • « Mais souvenez-vous de ces premiers jours où, après avoir été éclairés, vous avez soutenu un grand et douloureux combat » (Hébreux 10:32)
  • « Nous donc aussi, puisque nous sommes environnés d’une si grande nuée de témoins, rejetons tout fardeau et le péché qui nous enveloppe si facilement, et courons avec persévérance l’épreuve qui nous est proposée » (Hébreux 12:1).

Un peu plus loin, nous allons chercher à comprendre ce que l’athlétisme peut nous apprendre sur la marche par la foi. Mais avant de le faire, j’aimerais relever quelques pensées sur ce que cette application « athlétique » n’est pas et sur la participation d’une façon générale des croyants dans le monde du sport.

Il y en a qui pensent que les valeurs « athlétiques » sont « chrétiennes » en soi. C’est à dire, dans cette optique, un bon chrétien va forcément participer au sport pour maintenir son corps physiquement et pour s’entretenir dans sa discipline mentale. Je n’en suis pas du tout persuadé et je ne vois pas du tout cela dans le texte de la Bible.

Non que certaines valeurs du monde du sport ne peuvent pas avoir une grande utilité. Je pense par exemple à cette devise de certains sportifs : Mens sana in corpore sano. Il est vrai que cette application sportive n’est pas le sens que le poète Juvénal voulait donner à ces mots quand il les a écrit, mais cela devient néanmoins une optique utile : la recherche d’une discipline à la fois de l’esprit et du corps fait du bien à l’homme. Cela résume ce qu’est, pour beaucoup, le sport.

Et le sport favorise effectivement la rigueur de l’esprit en plus du tonus du corps. D’une part, l’application personnelle nécessaire pour arriver à une bonne performance la favorise. En plus, pour réussir, un athlète doit s’abstenir ou n’utiliser qu’avec grande modération des substances nuisibles comme l’alcool, le tabac, et les drogues, ce qui va aussi favoriser un esprit clair et sain. La pratique même du sport, finalement, favorise cette clarté d’esprit, parce que l’exercice corporel fait bien circuler le sang, y compris dans le cerveau. Combien de fois, quand je me sentais tout las mentalement, j’ai quitté mon bureau pour mon entraînement sportif et retrouvé, en le faisant, une pensée claire et vigoureuse.

Je pense donc que la pratique du sport est une bonne chose. Cela nous garde « en forme », physiquement et mentalement. Mais de là à en faire une règle pour les chrétiens, comme quoi l’entraînement sportif est une valeur chrétienne en soi, je ne suis pas d’accord. Aussi bien physiquement que mentalement, tout le monde n’est pas disposé à faire du sport. Tout le monde ne dispose pas du temps nécessaire. Tout le monde n’en fait pas une priorité. Tout le monde n’en a pas envie.

Et je pense que tout le monde a la liberté de penser ce qu’il veut dans ce domaine. Paul avait écrit à Timothée : « L’exercice corporel est utile à peu de choses » (1 Timothée 4:8). Il n’a pas dit que c’est inutile, mais même Paul, qui semblait pourtant être lui-même un adepte du sport, reconnaît que ce n’est pas du tout le plus important. Peut-être que Timothée, voyant son formateur Paul avec un arrière-plan athlétique, pensait que lui aussi devait faire du sport. Ou peut-être qu’il y mettait une trop grande importance. On ne peut pas le savoir. Toujours en est-il que Paul veut lui faire comprendre que les vraies valeurs chrétiennes sont spirituelles et non physiques. Paul n’est pas contre le sport, évidemment, mais il ne veut pas donner l’impression que tout le monde devait en faire.

Certains vont répondre que nous devons prendre soin de nos corps parce qu’ils constituent le temple du Saint-Esprit. Paul a effectivement exprimé cette pensée deux fois dans sa première épître aux Corinthiens. Dans 1 Corinthiens 3:16 et 17 il a écrit : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira ; car le temple de Dieu est saint, et c’est ce que vous êtes. » Un peu plus loin, dans 1 Corinthiens 6:19 et 20, il a écrit : « Ne savez-vous pas ceci : votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu, et vous n’êtes pas à vous-mêmes ? Car vous avez été rachetés à grand prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps. »

Le problème, c’est que l’examen du contexte de ces versets, nous fait découvrir que Paul n’est pas du tout en train de parler de maintenir le corps en bonne forme physique. Cela n’a rien à voir avec son sujet. Il enseigne que Dieu est présent en nous, si nous sommes réellement ses enfants, par le Saint-Esprit. De ce fait, je ne peux pas diviser mon temps entre « ce qui concerne l’église » et « ce qui me concerne, moi ». Dieu est toujours avec moi s’il est en moi. (Et s’il ne l’est pas, je ne suis pas concerné par ces choses, car je ne suis pas son enfant.)

Paul disait cela parce qu’il y en avaient à Corinthe qui se livraient à toutes sorte de pratiques qui n’ont rien à voir avec l’engagement chrétien. Ils vivaient dans la débauche, ils fréquentaient des prostituées, ils pratiquaient les choses que pratiquent les gens qui ne connaissent pas Dieu. Tout en se disant « chrétiens » et en fréquentant l’église. Paul veut leur faire comprendre que cela ne s’accorde pas du tout avec la marche chrétienne, puisque Dieu est intimement associé à son peuple par le fait d’habiter en eux.

Il ne s’agit donc pas de faire un « culte du corps », en pensant que la forme physique doit être une priorité pour le croyant. Il s’agit plutôt d’être conséquent dans sa marche avec Dieu : Si vous vous appelez chrétien, sachez que c’est tout le temps, et non seulement « à l’église », car Dieu habite dans son peuple. Vu comme cela, on conçoit bien l’aberration pour un soi-disant chrétien de vivre dans l’immoralité.

Cet enseignement est très important sur le plan spirituel et va très loin. Mais ce n’est pas pour autant que Paul est en train d’exhorter les chrétiens à s’exercer physiquement pour que leur corps soient en bonne forme. Les croyants doivent glorifier Dieu dans leurs corps en refusant de se livrer aux péchés du corps, mais l’enseignement de Paul ne va pas plus loin que cela. « L’exercice corporel est utile à peu de choses. » N’essayons pas de faire dire à Paul ce qu’il n’a pas dit.

D’autant plus que toute pratique sportive n’est pas entièrement bonne. Le sport entretient la santé dans certains domaines, mais presque tout sport comporte un risque quelque part pour l’un ou l’autre membre du corps. Les genoux souffrent dans beaucoup de sports ; c’est bien connu. Les tendinites, les déchirures musculaires, voire les os cassés font parti des risques. Et il est très difficile de trouver un sport ou même un entraînement physique qui entretient le tonus du corps sans comporter le moindre risque.

Prétendre que le sport est une valeur chrétienne parce qu’il fait du bien au corps serait donc trop simple. Le sport peut aussi, dans certains cas, faire du mal au corps. Mais comme la forme physique n’est pas ce qu’il y a du plus important pour le chrétien, la question n’est pas là.

Sur un autre plan, on peut même se demander s’il n’y a pas de limites pour le chrétien dans la pratique du sport. Non que l’exercice corporel que cela représente soit mauvais (même si l’exercice corporel est utile à peu de choses, il est néanmoins utile–à condition d’éviter trop de risques), mais la pratique même de la compétition peut provoquer certains problèmes. La notion de solidarité, l’amour du prochain, le désir de voir l’autre réussir au moins autant que soi-même si ce n’est pas plus–toutes ces valeurs chrétiennes semblent s’accorder difficilement avec la compétition où on cherche à faire perdre l’autre.

Je ne suis pas sûr, pourtant, qu’il faille interdire toute compétition. Autrefois (strictement comme loisir) je pratiquais un sport à compétition, le tennis de table. Ensuite, à cause des problèmes liés à la compétition, je l’ai abandonné pour me limiter à un sport non-compétitif, la spéléologie. Aujourd’hui je participe de nouveau à la compétition, en athlétisme. Mais je le fais dans un autre état d’esprit que ce que j’avais autrefois. Avec les années, j’ai appris qu’il y a compétition et compétition. Tout esprit compétitif n’est pas bon pour le croyant, mais il peut y avoir une compétition saine. Si ce n’était pas le cas, je vois difficilement comment Paul utiliserait tant d’illustrations tirées de la compétition. Même s’il ne nous exhorte pas précisément à pratiquer l’athlétisme, on serait étonné de ces images si tout sport de ce genre était à proscrire pour le chrétien.

La compétition peut se pratiquer avec le respect de l’adversaire et un solide engagement du « fair play ». On peut faire de son mieux pour gagner et pourtant admirer l’exploit de l’autre qui a été encore plus fort. On peut pratiquer le sport pour la beauté de l’épreuve et non pour écraser les autres. Vécu de cette manière, la compétition n’est pas nuisible.

Là où cela devient un problème, c’est quand on lie sa valeur personnelle à la compétition. Il y a une différence énorme entre : « J’ai eu la meilleure performance » et : « Je suis le meilleur. » Quand on a le désir d’abaisser l’autre, quand on a besoin de gagner pour prouver ce qu’on vaut, la compétition devient effectivement malsaine. C’est pour ces raisons-là que j’ai dû l’abandonner autrefois. Mais quand on ne ressent pas ce besoin de se prouver, on peut gagner sans triomphalisme et perdre sans se sentir abattu. (On peut être déçu, ce qui est normal pour l’athlète qui pratique honnêtement le sport, mais c’est toute autre chose, là, que le sentiment de ne pas valoir quelque chose simplement parce qu’on n’a pas gagné.) On peut donc se réjouir quand on gagne et se réjouir aussi avec d’autres qui gagnent, même s’ils le font à notre dépens. Vécu de cette manière, la compétition est, il me semble, tout à fait compatible avec l’engagement chrétien. Notre présence dans les compétitions sportives peut même être un témoignage envers ceux qui ne vivent pas la compétition de cette manière (à condition, bien sûr, d’avoir nous-mêmes une attitude qui glorifie le Seigneur).

Je conclurai donc ce chapitre en disant que le chrétien n’est nullement obligé de pratiquer du sport, mais qu’il en a le droit si cela lui plaît. Etre un sportif et « avoir la forme » physiquement ne sont pas des valeurs chrétiennes en soi, mais la pratique du sport en soi ne contredit pas les valeurs chrétiennes non plus.

One thought on “L’athlétisme et la foi chrétienne (2/3) : Le chrétien et la pratique du sport

  1. Merci pour ce rappel important. En effet la modération est la base de tout, faire du sport oui, mais pas en excès. Et la compétition n’exclue pas l’amour du prochain, en l’occurrence, l’amour de ses propres concurrents. C’est bien-sûr difficile à mettre en application, mais c’est là le véritable challenge de la compétition, ce n’est pas celui de la coupe mais bel et bien celui de l’humilité. Bravo pour cette analyse pertinente!

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